Castaner, « patron » du bullshit

« Dans les quartiers de #ReconquêteRépublicaine, si les patrons de collèges et lycées ne sont pas mobilisés, si les associations sportives et culturelles ainsi que les mairies et départements ne sont pas mobilisés, c’est comme si je rajoutais des effectifs dans des sables mouvants. » Le ministre de l’intérieur s’est fendu d’un tweet qui a déjà fait couler de l’encre. Son but ? Se mettre en avant, bien entendu, mais surtout justifier que Macron et son gouvernement n’accorderont pas de moyens humains supplémentaires aux quartiers populaires les plus en difficulté. Petite analyse de l’un des tweets les plus stupides de l’année.

Ce tweet condense un nombre rarement atteint de mensonges et de vilenies. En voici une courte liste :

  • La photo : Christophe Castaner est coûtumier du fait, à tel point que sa communication sur les réseaux sociaux est à la risée du web. A chaque fois qu’il évoque un quelconque sujet, il publie non pas des photographies des sujets évoqués, mais… de lui. On a donc droit à Christophe en position martiale à tel ou tel événement. Avec les ministres macronistes, souffrant d’un déficit de notoriété, le concours « Ma binette partout » a de beaux jours devant lui. Cette obsession narcissique marque surtout la difficulté, pour cet ancien député socialiste, à entrer dans le costume traditionnel (et ultra-conservateur) de ministre de l’intérieur. Alors pour obtenir ses galons de « premier flic de France », autoritaire, ferme, avec les coups de menton auxquels nous ont habitués les Sarkozy et les Valls, Christophe multiplie les photos au garde-à-vous. Notons ici ce profil très régalien, sans sourire, tout ce qu’il y a de plus viril, voire paternel… Pour eux, la politique est avant tout du théâtre.
  • La « reconquête républicaine » : ne parlez plus de « quartiers populaires » ! Il faut accréditer les fantasmes selon lesquels nos banlieues sont des « territoires perdus de la République ». Non pas parce que Macron voudrait y remettre des services publics, réaliser des opérations de rénovation urbaine ou investir des moyens humains et financiers, non… Juste pour signaler qu’il ne fait pas bon s’y promener le soir. Les éléments de langage gouvernementaux sont très clairs : face à ces sauvageons, c’est bien à une véritable « reconquête » qu’il faut se livrer, comme celle des Espagnols sur les Maures du VIIIe au XVe siècle. Oui, utiliser un terme militaire qui désigne historiquement une guerre des Chrétiens contre les Musulmans, c’est bien le choix lexical du gouvernement. Il ne doit rien au hasard.
  • Vient ensuite ce qui a déjà fait beaucoup réagir : l’expression « les patrons de collèges et de lycées ». Tout a été dit ou presque sur cette périphrase. C’est un vocabulaire d’entreprise : cela veut donc dire que l’école n’est plus un service public mais une instance commerciale qui doit être « managée », comme n’importe quelle PME. Castaner et Macron parleront-ils désormais des élèves comme de « clients » ? Mais il y a un point sur lequel personne n’a insisté : c’est le caractère totalement sexiste de cette dénomination. Alors que les métiers de l’éducation sont, au contraire, largement féminisés, ici Castaner masculinise de force ces fonctions, qu’il ne pense occupées que par des hommes. « Patron » vient du latin « pater », c’est le père, l’instance autoritaire, celle qui archaïquement établit la loi… Quelle modernité dans le choix de ce terme ! Mais cette figure du « patron », qui plait tant à la droite conservatrice tant elle incarne effectivement cette régression de type familiale à l’autorité du père, est aussi une figure monarchique (pour ne pas dire dictatoriale) : le patron règne seul. Alors que les établissements scolaires, comme tous les groupes humains d’ailleurs, ont au contraire besoin de collégialité, de démocratie, bref, de collectif…
  • Terminons sur le sens général du tweet, qui à force de focalisation sur ce stupide « patrons », est passé au second plan. Mais à bien le lire, Christophe Castaner n’a écrit ce tweet que pour justifier… son inaction. Il ne rajoutera pas d’effectifs si tout le monde n’est pas mobilisé. Passons sur cette (ignoble) métaphore selon laquelle les quartiers populaires sont des « sables mouvants » dans lesquels les effectifs iraient s’enfoncer jusqu’à l’asphyxie. Tout cela n’a aucun autre but que d’affirmer qu’il n’y aura pas de moyens humains supplémentaires pour les quartiers qui en ont le plus besoin. Bref, l’aggravation de l’austérité budgétaire que les trois gouvernements précédents ont imposé au pays, avec les mirifiques résultats qu’on sait. Chapeau !
  • Un détail, tout de même : avec sa phrase, « c’est comme si je rajoutais des effectifs dans des sables mouvants », Castaner utilise le « je », et se met en scène comme un roitelet décidant seul, alors qu’il est censé être au service du peuple et non lui imposer ses caprices. Ce n’est pas lui qui « créé » les effectifs en question d’un trait de plume, c’est l’Etat, c’est un nous collectif. Et ces hommes et ces femmes qui sont sur le terrain, dans les quartiers populaires ou ailleurs, pour faire vivre la République et les services publics, ils ne sont pas là par la volonté de Castaner, mais pour remplir des missions d’ailleurs financées par le peuple…

En conclusion, on voit que Christophe Castaner réussit en 280 signes le tour de force d’énoncer un nombre impressionnant de mensonges et de sous-entendus nauséabonds. Par le choix de ses termes, il convoque un imaginaire politique ultra-conservateur, mêlant néolibéralisme entrepreneurial et autoritarisme militaire. Christophe Castaner n’est pas qu’un neuneu, c’est un neuneu dangereux.

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