Les gros mensonges de Marie-Claire Carrère-Gée sur la politique parisienne du logement

Dans une tribune libre publiée sur le site Atlantico, l’élue du 14e Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du groupe LR au Conseil de Paris (et candidate à la candidature pour représenter la droite traditionnelle à l’élection municipale de 2020), attaque la politique du logement menée par la majorité de gauche à Paris. Problème : la quasi-totalité de ses affirmations sont des mensonges, et la quasi-totalité de ses propositions sont des arnaques. Décryptage.

La représentante de la droite filloniste dans le 14e arrondissement commence par affirmer qu’il ne faut pas se montrer trop ambitieux en matière de politique du logement à Paris : « Des solutions existent cependant, à condition bien sûr de ne pas promettre la lune. Leur point commun : il faut ranger le dogmatisme au vestiaire et faire l’inverse de ce qui a été entrepris sous la dernière mandature. » Comme d’habitude, le dogmatisme c’est les idées de l’ennemi. Mme Carrère-Gée, elle, n’a bien entendu aucune idéologie, elle n’est pas du tout apôtre du dogme néolibéral… Pourtant, sa prose se résume à un florilège d’affirmations bidons. Face à ce bêtisier de la droite à propos du logement à Paris, voici des éléments de désintox.

« Le point de départ, c’est de créer une offre locative abordable : elle est n’existe pas à Paris ! ». Tout le monde est d’accord sur l’idée qu’il faudrait augmenter l’offre, mais chacun sait que c’est éminemment complexe dans une ville comme Paris où le marché est saturé et les terrains constructibles inexistants. Cependant, la gauche parisienne a bel et bien créé une offre abordable, en développant plus de 6000 nouveaux logements sociaux par an sur la mandature qui s’achève. Un tiers de cette production relève de la catégorie « PLS », c’est-à-dire de logements locatifs pour classes moyennes. 70 % des familles parisiennes y sont éligibles !

« D’abord, les investisseurs n’y sont pas du tout encouragés, car le Pinel ancien n’est pas rentable à Paris : le plafond de l’avantage fiscal étant trop bas. Il faut absolument faire un « Pinel adapté » pour Paris et les communes voisines. » Le Pinel est un dispositif qui concerne le logement neuf. Madame Carrère-Gée ignore vraisemblablement qu’il n’y a quasiment plus d’emprises foncières disponibles dans la capitale (en dehors des zones d’aménagement) pour construire du neuf… Cette proposition n’a donc absolument aucune chance de prospérer.

« Ensuite, la Ville de Paris doit cesser ses pratiques aux limites de la légalité consistant à céder aux bailleurs sociaux un grand nombre d’appartements à loyers libres, pour pomper la trésorerie des bailleurs et booster les chiffres du logement social. » Ici, l’élue parisienne s’emmêle les pinceaux à propos du conventionnement. Car en réalité, la Ville ne cède pas d’immeubles aux bailleurs : ces derniers sont déjà gestionnaires des immeubles concernés, sauf qu’au lieu de pratiquer des loyers libres, il leur est demandé de pratiquer des loyers sociaux. Ce qui est bien le minimum !

« Ces chiffres – 7 500 nouveaux logements chaque année revendiqués par la Mairie de Paris –, sont en effet une pure farce : seuls 2 500 sont de nouveaux logements, le reste correspondant à ces transformations qui ne changent rien – les appartements dont on change l’étiquette demeurent occupés par les mêmes locataires-, et à des préemptions dans le privé. » Il va falloir réviser les fifiches, Madame Carrère-Gée… D’une part il y a plus de 3000 logements nouveaux par an qui sont construits à Paris (en incluant le privé), principalement dans les zones d’aménagement (les anciennes emprises ferroviaires ou hospitalières comme Saint-Vincent-de-Paul dans le 14e arrondissement). Et pas grâce à la droite, qui s’oppose systématiquement aux constructions de logements sociaux. Voilà que ceux qui votent contre nos chantiers déclarent maintenant qu’il n’y en a pas assez… D’autre part, il y a bien une rotation au sein du parc, et le conventionnement n’est pas un simple « changement d’étiquette » : les loyers deviennent sociaux, et les plafonds de ressources exigibles aux ménages également. Enfin, les préemptions transforment du logement privé en logement social et contribuent donc à accroître le patrimoine de la ville et le nombre de logements sociaux !

« Mon projet de « Capital » pour les jeunes parisiens – un prêt avec la caution de la Ville de Paris pour tout jeune qui le demande, jusqu’à 50 000 euros, remboursable lorsqu’il commence à travailler avec des mensualités adaptées aux revenus – peut servir à beaucoup de jeunes pour débloquer leur accès au logement et leur permettre de s’installer. » Mme Carrère-Gée commence son propos par remarquer que la hausse des prix est due aux bas taux d’intérêt (autrement dit, à l’argent gratuit déversé par les banques), mais elle propose d’ajouter du crédit au crédit. Une mesure qui ne changera rien, à part gonfler la bulle immobilière… Rappelons que 60 % des Parisiennes et des Parisiens sont des locataires. La priorité est donc de bloquer les loyers et non de rêver d’un grand soir de la propriété privée.

« Pour lutter contre la flambée des prix de l’immobilier, il faut bien sûr agir à l’échelle, au moins, de la métropole.  Mais évitons déjà d’alimenter inutilement la hausse des prix ! La Mairie doit cesser cette folie qui consiste à acheter à prix d’or des appartements dans le parc privé pour les labelliser « logement social ». » La droite, fidèle à elle-même : si la Ville de Paris achetait des appartements en-dessous des prix du marché, les amis de Mme Carrère-Gée hurleraient à la spoliation. Mais comme la Ville préempte au prix, l’argument est tout trouvé : c’est donc que la Ville se ruine et alimente la hausse des prix ! La réalité est toute autre, puisque la Ville ne fait que se substituer à un acquéreur déjà existant. Donc la transaction aurait lieu au même prix si la Ville ne préemptait pas. De plus, les préemptions représentent une goutte d’eau infime dans le volume des transactions qui ont lieu à Paris. Sur un total de 43 700 transactions depuis 2014, la Ville n’a préempté que 277 fois, soit dans moins de 0,7 % des cas. Et c’est ce petit nombre de préemptions qui ferait augmenter les prix ? Soyons sérieux deux minutes…

« Le « tout logement social » qui a tenu lieu de politique du logement à Anne Hidalgo et son adjoint communiste Ian Brossat produit désormais beaucoup d’effets pervers. Cette politique purement dogmatique jette de l’huile sur le feu du marché de l’immobilier. Elle crée des inégalités criantes au sein des classes moyennes à revenus modestes. Lorsqu’on dispose, à vie, d’un logement social à 6 ou 8 euros le mètre carré, que l’on paie son logement l’équivalent d’un smic moins cher que dans le privé, où est l’incitation à gagner plus et sortir du logement social ? » Ici, nous avons affaire à un classique des néolibéraux : le logement social constitue « une rente de situation » pour les plus modestes. Toujours la même rhétorique conservatrice : faire passer les dominés pour les dominants, les pauvres pour des privilégiés. Le logement social créerait donc une inégalité au sein des couches populaires et moyennes. Touchante, cette préoccupation pour les inégalités entre pauvres, pour un parti qui est aveugle aux inégalités entre riches et pauvres… Mieux, le logement social serait en fait une « trappe à pauvreté » qui n’incite pas à s’en sortir. Toutes les études démontrent pourtant le contraire – notamment celles d’Esther Duflo, l’économiste française qui vient de recevoir le prix Nobel d’économie. Un peu moins de dogmatisme thatchérien, Mme Carrère-Gée !

« Un autre levier est la transformation de bureaux en logements, engagée tardivement et à un rythme insuffisant : 1 à 2 millions de mètres carrés de bureaux sont durablement vides à Paris. » Faux, la transformation de bureaux obsolètes en logements a été engagée dès la première année de la mandature, avec des objectifs plus élevés que ceux déjà atteints lors de la mandature précédente (250 000 m² sur six ans)… Aucun retard n’est à déplorer sur ce point.

« La politique de taxation des logements vacants – 8% du parc, comme les résidences secondaires et la surtaxation de ces dernières au titre de la taxe d’habitation doit naturellement être poursuivie. Et il faut aussi lutter sans merci contre toutes les fraudes liées aux plateformes comme AirBnB : la Mairie de Paris s’y est engagée avec énormément de retard. » Saluons cette prise de position courageuse en faveur de la lutte contre les résidences secondaires : Ian Brossat et les communistes proposent, quant à eux, de les interdire purement et simplement par référendum. Un peu plus efficace que les surtaxes déjà en places qui ne changent pas grand-chose… Sur Airbnb, aucun retard n’est à constater non plus, puisque Ian Brossat a pris à bras le corps le problème des plateformes dès 2014 et son arrivée aux responsabilités. À l’époque c’est la droite de NKM et MCCG qui freinait des quatre fers en déposant vœux sur vœux au Conseil de Paris pour déréguler et laisser les mains libres à la plateforme !

« Pour la municipalité actuelle, la propriété est un gros mot : Madame Hidalgo ne consacre qu’1% des quelques 450 millions du budget logement à l’accession sociale à la propriété. Il faut offrir l’accès à des appartements qui dissocient la propriété du foncier et celle de l’appartement et proposer l’acquisition de logements HLM à leurs locataires. » Ici, Mme Carrère-Gée ne fait que reprendre une proposition de la gauche parisienne, déjà mise en place cette année à travers « La Foncière de Paris ». À croire que la droite n’a rien d’innovant à proposer… Quant à la privatisation des HLM, elle a été mise en place dans les années 1980 au Royaume-Uni avec des résultats catastrophiques qui obligent aujourd’hui la municipalité londonienne à faire marche-arrière. Vous avez dit dogmatisme ?

« Enfin, il faut complètement réorienter la politique du logement social. D’abord, la Mairie de Paris doit réserver 10% des attributions annuelles aux personnels soignants, aux policiers – bref à celles et ceux qui travaillent H24 au service des Parisiens. » Sauf que c’est déjà le cas, et non pas pour 10 % des attributions mais pour 25 %, qui sont en effet réservées aux agents de la Ville. C’est tout de même un peu gênant de se montrer aussi peu au courant des dossiers quand on aspire à diriger Paris…

« Par ailleurs, Madame Hidalgo a asséché la trésorerie des bailleurs d’un milliard d’euros et les subventions à la rénovation du logement social ont fondu : l’an dernier, c’était 20 millions d’euros pour 240 000 logements environ, soit une moyenne de 80 euros par logement ! » La conclusion de l’élue du 14e marque l’apothéose du n’importe quoi. Il faudrait avertir Mme Carrère-Gée que c’est le gouvernement macroniste qui a ponctionné la trésorerie des bailleurs, comme la presse s’en est fait l’écho à de multiples reprises. La droite, d’ailleurs, n’a jamais protesté contre ce hold up. Nous, nous étions dans la rue aux côté des bailleurs sociaux !

Conclusion : une tribune remplie d’erreurs et de propos mensongers. C’est à se demander comment un tel texte a pu être publié… Et le comble, c’est que les seules propositions intéressantes formulées par la droite sont déjà mises en place ou en voie de l’être par la majorité actuelle – surtaxe sur les résidences secondaires, régulation d’Airbnb, dissociation foncier/bâti. La droite blablate, la gauche agit !

Une réflexion au sujet de « Les gros mensonges de Marie-Claire Carrère-Gée sur la politique parisienne du logement »

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