À propos d’« Une histoire populaire de la France » de Gérard Noiriel

Je viens de finir « Une histoire populaire de la France » de Gérard Noiriel. Une somme passionnante. On y constate que dès les balbutiements de la construction de l’État-nation français, trois sujets ont polarisé les conflits entre classe : la question des impôts, la question des vagabonds (on dirait aujourd’hui les « assistés »), la question des étrangers. Comment ne pas voir que ces trois thèmes structurent encore aujourd’hui l’essentiel des politiques publiques de l’État ?

En analysant sept siècles d’histoire, Noiriel montre bien la stratégie ancestrale des classes dirigeantes pour réaffirmer et consolider leur pouvoir, ce qu’il appelle « la rhétorique de l’inversion ». Celle-ci consiste, pour masquer la domination, à faire passer les dominés pour des dominants, les pauvres pour des privilégiés, les faibles pour des forts, etc. Et réciproquement. On en voit une formidable illustration aujourd’hui avec la construction de cet ennemi intérieur fantasmé qu’est la femme musulmane portant un voile.

Le livre permet aussi de déconstruire fortement le mythe, si répandu dans les têtes, d’une France illibérale, qui serait un pays « des droits de l’homme » où règnerait le primat du social et une passion égalitaire. Chapitre après chapitre il montre avec quelle violence notre République s’est construite en opprimant les classes populaires et les peuples colonisés. Et que la France a finalement été en retard dans la mise en place des grandes législations sociales que Macron — à la suite de Sarkozy et Hollande — s’emploie aujourd’hui à achever de démanteler. À le lire, on mesure à quel point l’Hexagone s’avère un pays où le règne du capital est solidement ancré, et particulièrement impitoyable pour tous ceux qui ne font pas partie des classes dominantes.

Bref, on ne finit pas d’entrevoir, dans les soubresauts de notre actualité, d’innombrables réfractions de cette histoire populaire de la France. Qu’il nous revient, tâche difficile au moment de la formation d’une alliance générale entre dirigeants libéraux et dirigeants fascistes — Noiriel parle de « pôle national-identitaire » —, d’alimenter à notre tour…

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