« Rétablir l’ISF, pour Macron, c’est comme devenir végan pour un amateur de viande »

La crise actuelle oblige le gouvernement à faire face à des demandes de plus en plus nombreuses de rétablissement de l’ISF ou de toute autre taxation des plus aisés. Mais soyons lucides : Emmanuel Macron fera tout son possible pour ne pas céder.

Quel est le bilan économique de l’IFI depuis l’abolition de l’ISF ?

Le gouvernement a claironné que l’IFI avait un rendement meilleur qu’escompté. Ce qui prouve bien que les grandes fortunes se portent au mieux, notamment grâce à leurs placement immobiliers. Mais ce rendement est largement inférieur à celui de l’ISF. Or, les impôts que les riches ne paient plus, ce sont les couches moyennes et populaires qui doivent les payer à leur place. Nous avons donc assisté à une réforme anti-redistributive, anti-solidaire : on a pris plus à ceux qui ont moins pour financer des baisses d’impôts à ceux qui ont énormément. Le bilan de cette politique, c’est l’INSEE qui le dresse : en 2018, les inégalités sont revenues en France à leur niveau des années 1990, et la pauvreté à son taux de 2010. Ce n’est qu’un début : la crise économique actuelle va plonger des millions de personnes dans le chômage et la pauvreté. Nous sommes au devant d’une catastrophe sociale pour les classes populaires et moyennes.

Quel modèle européen serait à copier pour la France en termes de taxation sur les plus hauts revenus ?

Il n’y a pas de modèle satisfaisant, la majorité des pays européens s’alignant au contraire par le bas au plan fiscal, pour se livrer une désastreuse concurrence au lieu de rechercher la coopération et l’entraide. Notons toutefois que plusieurs pays européens réfléchissent très sérieusement à augmenter les impôts sur les grandes entreprises et les grandes fortunes pour financer les plans d’urgence post-coronavirus : en Italie, en Allemagne, en Espagne et même au Royaume-Uni. Vu la situation actuelle, même des membres éminents de la classe dominante et des élites économiques reconnaissent qu’il faudra un acte de solidarité de plus hauts revenus. 

Rétablir l’ISF ne serait-il pas un désaveu de plus pour Emmanuel Macron ?

Le rétablissement de l’ISF, disons-le, serait fondamentalement contraire à l’identité politique d’Emmanuel Macron. Il est un pur néolibéral qui cherche à mettre la politique au service du capital. Rétablir l’ISF, pour Macron, c’est comme devenir végan pour un amateur de viande. Toutefois, même dans son propre camp, des voix commencent à s’élever. Des députés LREM proposent ainsi de créer de nouvelles tranches de l’impôt pour les très hauts revenus. « Rien n’arrête une idée dont le temps est venu ».

Ne craignez-vous pas une fuite des plus grandes fortunes et capitaux à l’étranger ? Si oui, ne faudrait-il pas de mesures coercitives les contraignant à payer leurs impôts selon la fiscalité française (impôt universel) ?

Il faut répondre une fois pour toute à cet argument qui est répété ad nauseam dans la presse. On ne peut pas vivre sous le chantage permanent du capital au moins-disant fiscal et salarial.

1) Les capitaux sont déjà exfiltrés par les grands groupes et les grandes fortunes. En 2012, un journaliste estimait que le tiers du PIB français était domicilié dans les paradis fiscaux. En la matière, les taux d’impôts ne changent rien : même des paradis fiscaux subissent de l’évasion fiscale vers d’autres paradis fiscaux ! D’ailleurs la suppression de l’ISF n’a pas fait revenir les riches.

2) Nous vivons dans un monde ouvert, et si les capitaux voyagent sans contrainte, cela veut dire qu’il n’y a aucun obstacle à ce que les capitaux étrangers soient investis en France, même de la part des délocalisés fiscaux. D’ailleurs, avant la suppression de l’ISF, la France était l’un des pays attirant le plus les investissements étrangers. 

3) Oui il faut des mesures largement plus contraignantes contre la fraude et l’optimisation fiscales. Les États-Unis ont par exemple obtenu la fin du secret bancaire auprès des banques suisses en les menaçant de les interdire sur leur territoire. Les banques doivent déclarer les avoirs de tout citoyen américain où qu’ils soient, ce qui permet de les taxer selon la fiscalité américaine. Nous devons faire de même.

En cette période de crise et d’accroissement des inégalités inéluctable, la taxation des plus riches est-elle l’unique solution ?

Ce n’est qu’une première étape pour parer au plus pressé : la détérioration des finances publiques liée à la crise économique catastrophique qui se prépare. Mais il faut modifier nos modèles de production en profondeur. Je suis frappé que les gouvernements mettent des milliards d’euros pour relancer le transport aérien et la filière automobile, mais rien ou si peu pour les systèmes de santé, la recherche publique ou les transports propres. Les citoyens doivent se mêler de ces débats et faire entendre leur voix, sinon, rien ne changera. 

(Merci à Edouard Lavolle pour ses questions !)

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