En Chine, un communisme « Rouge vif » ?

Il y a de quoi être étonné par la lenteur de cet essai pourtant couvert d’éloge. D’un style scolaire et peu passionnant, l’auteur liste ce qui, selon elle, affilie la Chine actuelle au communisme — enfin à ce qu’elle nomme l’héritage « soviétique et maoïste ». On soupçonne que l’enjeu politique de l’essai soit de maintenir vivace la peur du rouge : tremblez brave gens, le péril jaune/rouge demeure !

Mais les preuves qu’Alice Ekman met en avant tiennent davantage à souligner une forme autoritaire de gouvernement qu’un contenu fondamentalement communiste en matière de politique publique. À part quelques éléments comme le fait que la terre ne soit pas privatisée ou que le PCC conserve une part non-négligeable d’adhérents « paysans et ouvriers », Ekman s’en tient au constat de l’omniprésence du PCC dans la vie politique et économique pour faire de Xi Jinping un « Rouge vif ».

Or, si le PCC n’est qu’une coquille sans véritable contenu « communiste » ou « marxiste », comme d’aucuns le soupçonnent, cette omniprésence ne prouve rien. Si « Parti communiste » est le nom chinois de ce qui chez nous se nomme « Convention citoyenne », ou bien un réseau de cooptation entre dirigeants, avec des tendances allant des nostalgiques de Mao aux ultralibéraux, et un centre tenant les rênes du pouvoir, il faudrait le dire. Et alors il pourrait tout aussi bien s’appeler « Parti Royaliste », ça ne ferait pas de la Chine une monarchie. En outre, ce n’est pas parce que Xi Jinping se montre plus autoritaire dans sa pratique du pouvoir que son prédécesseur Hu Jintao que ça fait de lui un dirigeant davantage « communiste », contrairement au tour de passe-passe intellectuel à quoi peut se résumer l’ambition de ce livre.

Dans cet essai on rentre fort peu dans la tuyauterie économique, on se contente de lire de façon littérale les textes du parti. Ce que faisait déjà Domenico Losurdo dans l’excellent Fuir l’histoire ? Ironie de l’histoire, justement : libéraux (comme Ekman) et marxistes orthodoxes comme Losurdo tombent d’accord sur l’identité communiste de la Chine en nous invitant à lire les textes officiels : regardez, c’est écrit ! Ils le proclament ! Ils citent Marx ! La belle affaire. Les mencheviks russes, farouchement hostiles à Lénine et à sa révolution, citaient également Marx à tout bout de champ, mais pour s’opposer à la République des Soviets et légitimer leur refus d’un « passage au communisme » sans passer par l’étape capitaliste. Bref, il y a là une simplification dérangeante, et peut-être même une certaine méconnaissance des débats qui ont si longtemps et si violemment agité le vaste mouvement communiste de la IIIe Internationale.

Au final, on a le sentiment que l’auteur s’en tient à un nominalisme étroit : il faudrait maintenant passer à une étude profonde des structures de l’économie chinoise.

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