Éditeurs au travail : face aux écrans, la résistance du livre
Le livre se meurt, entend-on régulièrement. Les ventes s’érodent, les librairies ferment, les coûts augmentent et les écrans captent une part croissante de notre attention. Pourtant, le monde de l’édition continue d’attirer les vocations, les maisons reçoivent toujours davantage de manuscrits et de nouvelles structures apparaissent chaque année.
Dans Éditeurs au travail, qui paraît le 24 septembre 2026 aux Éditions Condorcet, Maxime Cochard donne la parole à celles et ceux qui font vivre l’édition indépendante. Onze entretiens pour comprendre comment naissent les livres, comment ils arrivent jusqu’aux libraires et à quelles conditions économiques, humaines et parfois sacrificielles une maison parvient à durer.

À l’origine du livre
Ces entretiens ont d’abord été menés pour la revue culturelle Commune. Auteur, éditeur et lecteur, Maxime Cochard souhaitait aller au-delà des discours généraux sur la « crise du livre » pour interroger directement les professionnels qui la vivent.
Comment choisit-on un manuscrit ? Combien d’exemplaires faut-il imprimer ? Comment bâtit-on un catalogue cohérent ? À quoi servent le diffuseur et le distributeur ? Comment obtenir de la presse, convaincre les libraires et limiter les retours ? Que reste-t-il à l’éditeur une fois tous les intermédiaires rémunérés ? Et comment défendre la lecture lorsque le smartphone, les plateformes et les réseaux sociaux se disputent notre temps disponible ?
Le livre ne prétend ni fournir un mode d’emploi ni dresser un portrait uniformément héroïque de l’édition indépendante. Il montre plutôt une diversité de pratiques, de tempéraments et de modèles économiques. Derrière chaque ouvrage se trouve une chaîne de décisions très concrètes : lire, sélectionner, corriger, mettre en page, fabriquer, stocker, présenter, expédier, facturer et parfois pilonner.
Onze maisons, autant de manières d’éditer
Éditeurs au travail rassemble les témoignages de maisons anciennes ou récentes, généralistes ou spécialisées, artisanales ou plus structurées.
Gérald Duchemin raconte comment Le Chat Rouge s’est construit autour des écrivains décadents et des textes oubliés du XIXe siècle. Philippe Schweyer revient sur la naissance de Médiapop et sur les équilibres fragiles d’une maison développée loin de Paris. Frédéric Rauch évoque l’histoire militante du Temps des Cerises, tandis que Patrick Beaune retrace les décennies de travail qui ont fait de Champ Vallon une référence en sciences humaines.
David Vincent et Nicolas Étienne racontent l’aventure de L’Arbre vengeur ; Charles Ficat, celle de Bartillat. Élise Bétremieux présente le modèle artisanal des Venterniers, où les livres sont fabriqués à la main. Yves Torrès décrit la construction du catalogue des Éditions du Typhon et Maureen Demidoff la reprise des Ateliers HD après le départ de leur fondateur, Henry Dougier.
Julie Rovero et Patricia Farnier expliquent comment My Fair Book cherche à donner une deuxième vie aux ouvrages, tandis que David Rupied dévoile le fonctionnement du diffuseur-distributeur DOD&Cie, maillon souvent méconnu mais essentiel de la chaîne du livre.
Trois enseignements sur l’édition indépendante
Il n’existe pas de modèle unique
Certains éditeurs s’autodiffusent, d’autres s’appuient sur un diffuseur-distributeur. Quelques-uns publient trois ou quatre nouveautés par an ; d’autres développent des catalogues plus vastes. Certaines maisons vivent uniquement du livre, quand d’autres associent édition, presse, conseil, événements ou activités artistiques. L’indépendance apparaît moins comme un statut que comme une recherche permanente d’équilibre entre liberté éditoriale et contraintes économiques.
Publier, c’est apprendre à durer
Le succès d’un livre reste largement imprévisible. Un texte auquel personne ne croyait peut devenir un phénomène, tandis qu’un ouvrage défendu avec enthousiasme rencontre parfois l’indifférence. Face à cette incertitude, les éditeurs insistent sur la nécessité de maîtriser les tirages, la trésorerie et les retours, mais aussi de construire patiemment des relations avec les auteurs, les libraires, les journalistes et les lecteurs. Le véritable travail éditorial se mesure moins au lancement spectaculaire d’un titre qu’à la capacité de faire vivre un catalogue dans le temps.
Les écrans sont à la fois des concurrents et des alliés
Le recul de la lecture suivie et la captation de l’attention par les smartphones traversent tous les entretiens. Mais l’opposition entre le papier et le numérique ne suffit pas à décrire la situation. Les réseaux sociaux peuvent aussi conduire de nouveaux publics vers les librairies, comme le montrent le développement de BookTok ou le succès de la romance imprimée. L’enjeu n’est donc pas seulement de défendre un support contre un autre : il est de préserver le temps, le désir et la concentration nécessaires à la lecture.
Au sommaire
- Gérald Duchemin — Le Chat Rouge
- Philippe Schweyer — Médiapop
- Frédéric Rauch — Le Temps des Cerises
- Patrick Beaune — Champ Vallon
- David Vincent et Nicolas Étienne — L’Arbre vengeur
- Charles Ficat — Bartillat
- Élise Bétremieux — Les Venterniers
- Yves Torrès — Éditions du Typhon
- Maureen Demidoff — Les Ateliers HD
- Julie Rovero et Patricia Farnier — My Fair Book
- David Rupied — DOD&Cie
Informations pratiques
Éditeurs au travail : face aux écrans, la résistance du livre
Maxime Cochard
Éditions Condorcet
Parution : 24 septembre 2026
190 pages — 18 €
ISBN : 978-2-488466-00-4
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